L'interview encre-nous de Vincent Geneslay
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- il y a 3 jours
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Le calligraphe et l’homme derrière lecalligraphe.com
Tes débuts en calligraphie : quand, comment, où, avec qui, pourquoi ?
J’ai mis les pieds, les doigts (et tout le reste) dans la calligraphie très tôt ; après avoir entamé un cursus aux Beaux-Arts d’Orléans, j’ai eu un cours de dessin de lettres. Devant mon intérêt manifeste (et mon désintérêt pour les autres matières), l’enseignant m’a conseillé d’aller voir un certain Bernard Arin, au Scriptorium de Toulouse. Je suis donc allé voir… et j’y suis resté ! J’avais 18 ans, c’était en 1989, au siècle dernier…
Je ne saurais pas expliquer pourquoi cet intérêt immédiat pour la lettre, je sais que tout jeune j’adorais le simple geste d’écrire à la main (même si paradoxalement je n’ai strictement aucun souvenir de mon apprentissage scolaire de l’écriture), mais j’étais surtout le dessinateur de la classe, celui qui caricature les profs en douce… et après tout, la calligraphie est une forme de dessin.

Calligraphe à temps plein, ou salarié le jour et calligraphe la nuit ?
Non j’ai un vrai métier à côté voyons !
Dès mes débuts j’ai compris que la partie allait être rude pour gagner son pain avec des lettres. Je n’avais aucune envie d’aller faire un travail alimentaire (et surtout je ne savais rien faire d’autre), alors en constatant le manque flagrant de sources d’approvisionnement en matériel de calligraphie, j’ai imaginé créer une structure de vente, Le Calligraphe. À l’époque en 1998, on parlait encore de vente par correspondance… Ce qui me permet aujourd’hui de ne travailler que dans l’univers de la calligraphie, d’en vivre, tout en ne pratiquant la calligraphie que pour mon plaisir.
Si tu ne devais choisir qu’un seul outil ?
C’est vache comme défi pour quelqu’un comme moi qui passe son temps à explorer, tester, approfondir tout ce que l’esprit humain peut imaginer comme instrument d’écriture ! Mais finalement je crois que mon choix se porterait sur une bonne petite plume métallique, qui permet de faire à peu près tout.

Et une seule écriture ?
Là c’est carrément impossible ! Chaque fois qu’on me pose la question « c’est quoi ton écriture préférée », je réponds que c’est celle que je pratique en ce moment. J’ai commencé l’aventure avec la chancelière et elle a longtemps été mon écriture de prédilection, mais avec le temps j’ai découvert que mon plaisir était le même à tracer une gothique ou une onciale, à expédier une petite gestuelle ou à soigner mon geste au pinceau dans une capitale. À partir du moment où on comprend que l’essentiel, c’est d’être intensément présent dans le moindre de ses gestes, de ses traits, on aime également toutes les écritures.
Bon, si je dois vraiment jouer le jeu des questions, je choisirais une sorte d’onciale personnelle mâtinée de capitale, en tous cas c’est ce qui me sort de la main spontanément.

La calligraphie c’est en silence ou en musique ?
De plus en plus en silence… mais ça dépend de mon humeur. Et quand c’est en musique, c’est bien loin d’être dans une ambiance contemplative médiévale ou new-age, je donne plus dans le jazz, funk, rock, electro…
La chose dont tu es le plus fier ?
Avoir réussi à organiser mon activité de manière à parcourir à peu près tous les aspects possibles de la calligraphie : je suis en-seignant, artiste, artisan, commerçant, fabricant, et je me régale dans chacun de ces domaines.

Ton pire raté, moment de stress ou de doute ?
J’ai pas mal prêté ma main au cinéma pour des doublures de scènes d’écriture, et je dois dire qu’une fois passé l’émerveillement de la découverte des coulisses d’un tournage, j’ai fini par arrêter, car je crois que j’ai rarement produit des choses aussi peu satisfaisantes que dans ces situations : après des heures d’attente souvent dans des conditions peu confortables, assis tout tordu pour laisser la place à la caméra, à gratter avec une plume bricolée pour sortir une écriture
« qui-fasse-d’époque-mais-quand-même-un-peu-plus-lisible-si-tu-peux… »
Je ne regrette pas ces expériences, mais j’en ai ressenti aussi pas mal de frustration.
Tes inspirations ?
Mes sources d’inspiration sont avant tout calligraphiques, que ce soit le travail des grands calligraphes contemporains ou les inépuisables sources que sont les manuscrits du passé. Je ne citerai pas de noms, car je devrais les citer tous, et je risquerais d’en oublier.
Mais après tout, quand même : John Stevens, Julian Waters, Carl Rohrs, Yves Leterme, Elmo Van den Slingerland, Christopher Haanes, Kitty Sabatier, sont des calligraphes qui m’ont beaucoup inspiré, chacun dans son univers. Il y a aussi bien sur les calligraphes «historiques» qui ne sont plus de ce monde, comme Jean Larcher, Michael Clark, Hermann Kilian, Villu Toots, Hermann Zapf, dont j’ai dévoré les œuvres, et quelques autres contemporains qui ont été injustement moins exposés à la lumière, Jovica Veljovic ou Michel Derre.
J’ai aussi beaucoup d’intérêt pour tout ce qui touche à la lettre dessinée, sous toutes ses formes : typographie, lettrage, gravure.
Un conseil pour un calligraphe débutant.
Prendre plaisir à chaque instant dans le moindre geste et la moindre action. Par exemple, ce geste qui parait à beaucoup de gens fastidieux, le tracé des lignes de portée, est pour moi un moment très apaisant qui met en condition et favorise déjà la concentration, la précision ; si on l’aborde dans cet état d’esprit, c’est très agréable !
Un autre conseil : ne pas chercher à tout prix la nouveauté, la fantaisie, la création et l’originalité. Ce ne sont pas des choses qu’on décide, mais des choses qui se produisent naturellement avec le temps et la pratique. Donc il faut accepter le temps long, et tant mieux si c’est long, parce que c’est du bonheur qui dure !

Projets en cours et à venir ?
Sans doute quelques publications (des vraies je veux dire, imprimées sur du bon vieux papier !), sur mes travaux personnels et aussi sur de la pédagogie.
Une page, une association, une initiative, une personne que tu aimerais nous faire connaître.
Inévitablement, il faut aller découvrir si ce n’est pas déjà fait, le Portail de la calligraphie, créé il y a quelques années à l’initiative de quelques calligraphes dont je fais partie, pour répertorier, présenter et contacter les calligraphes en activité en France, et les lieux où on peut découvrir ou pratiquer, voir des expositions.





Vincent, président ! Vincent président ! Un vrai calligraphe orchestre, bravo 👍