L'art abstrait et la calligraphie selon Claude Mediavilla
- Encre-nous
- 21 févr.
- 4 min de lecture
Par Elisabeth Ahlbäck
Un calligraphe qui a pu nous montrer que la calligraphie est un art et qu’elle n’a jamais cessé de l’être, c’est bien le calligraphe Claude Mediavilla. Plongeons-nous dans l’analyse de ce fin connaisseur de la calligraphie et de la peinture abstraite, analyse traitée dans son ouvrage « Calligraphie » paru en 1993.
Pour ceux qui découvrent Claude Mediavilla, c’est incontestablement un des calligraphes français les plus connus au monde. Il est né à Toulouse en 1947 et il est devenu un éminent connaisseur de la calligraphie. Il est également créateur de caractères et peintre. Tout au long de sa carrière, il a enseigné à des étudiants de toutes nationalités et a animé de nombreux stages et conférences en France comme à l’étranger.
Mediavilla a entrepris une étude approfondie sur la calligraphie en tant qu’art abstrait, étude qui interroge l’art dans son ensemble tout en ménageant un futur réel pour la calligraphie dans un domaine autre que celui du simple artisanat.
Le dernier chapitre, » Calligraphie et peinture abstraite », de son fameux livre est consacré à cette étude. Il y traite des rapports étroits entre la calligraphie et la peinture abstraite.
Commençons par la définition de l’abstraction : une peinture où il n’y a plus que des formes et des couleurs sans que le tableau représente un sujet à proprement parler. L’art figuratif « figure » la réalité visible et l’art abstrait montre les perceptions mentales du créateur. L’abstraction est plus méditative et elle laisse rarement l’observateur indifférent. Les premières peintures abstraites portaient souvent le nom » Composition sans sujet ».

Selon Mediavilla, l’abstraction est pourtant soumise à l’exigence de la forme ainsi qu’à la structure des signes : le trait, la tache, la forme ont tous une âme et un visage qu’il faut sentir et maîtriser. Et personne ne peut pénétrer le monde de l’abstraction, extraordinairement riche, sans repères ni initiation. Par un effort de réflexion et d’analyse, on parvient à une observation plus juste et plus claire de l’art abstrait. Pourtant, certains éléments restent subjectifs, mais bien d’autres sont objectifs, car étant le résultat d’une réflexion.

Qui ne reste pas fasciné par l’acte calligraphique ? Par la main qui trace des signes et des formes expressives dans la fluidité ? Par quelle logique interne pourrions-nous expliquer ce pouvoir émotionnel provoqué en nous ? Mediavilla évoque ici les concepts de base dont les plus importants sont notre activité intérieure, le monde extérieur et le processus de projection qui correspond à l’extériorisation de nos sensations visuelles. L’intérieur communique avec l’extérieur et ainsi, dans cet échange continuel, naissent les formes. Plus l’activité intérieure est intense, plus il y a d’aisance à composer des signes et des formes. Mediavilla va jusqu’à dire que, par l’intermédiaire de la calligraphie, nous pouvons intensifier notre activité intérieure. En d’autres termes, c’est quasiment une thérapie influant sur notre équilibre et nos énergies. L’être entier est impliqué.
Lorsqu’un calligraphe commence à s’échauffer à sa table de travail, il met en œuvre des énergies et des forces qui sont originaires de parties différentes de son corps. Son activité intérieure projette sur le papier son expérience corporelle qui, à son tour, donne naissance aux formes expressives. Une fois obtenue la maîtrise des moyens, le calligraphe accède à un état de concentration dans lequel tout effort cesse. Pour Mediavilla c’est une croyance fausse que des formes expressives et sensibles surgissent du néant.

Mediavilla nous amène à faire une analyse très concrète de la forme et des rapports qui existent entre formes, lignes et espace. Une œuvre d’art n’existe qu’à travers la forme qui est une construction de l’espace et de la matière. Pour naître, la forme doit se séparer de la pensée et prendre possession de la matière. Jouir d’une œuvre suppose une légère initiation et une intelligence des formes ! Les formes se définissent par divers paramètres ; les contours, la dimension, la position, la direction, le contraste et la couleur. À ces éléments s’ajoutent la matière et la texture. Mediavilla montre par de multiples exemples concrets et visuels, de façon très claire, comment les formes quelconques et maladroites produisent une œuvre médiocre tandis que les formes subtiles et nerveuses donnent naissance à des compositions où règnent l’harmonie, l’émotion, le mystère ou les trois à la fois. La clé de compréhension de son analyse réside sans doute dans une observation méticuleuse de tous les visuels présentés avec des textes explicatifs. Selon son analyse, toute volonté de création abstraite repose sur la notion de vie intérieure des formes.
Le rythme est un autre élément essentiel. Lorsqu’un rythme est trouvé dans une composition, on se sent en contact avec le souffle de l’être, le nôtre et celui du monde. Le rythme, nous avons certainement pu le constater nous-mêmes, est étroitement lié à la vie. En contemplant des chefs d’œuvres non figuratives, Chinois et Japonais, nous sommes frappés par l’énergie vitale qu’ils dégagent. Une autre observation est l’utilisation des surfaces vides dans leurs œuvres, très peu utilisées en Occident, pourtant un élément qui nous stimule et nous fascine.

Mediavilla considère que la plupart des artistes du courant dit abstrait n’ont jamais soupçonné la richesse et la subtilité du monde qui se cache derrière une tache ou un trait. Ces peintres pourraient, à travers la calligraphie, découvrir une composante fondamentale de la création abstraite. Pour lui, cette étude montre que l’abstraction calligraphique représente une dimension essentielle et indissociable de tout art abstrait.
Allez vite vous plonger dans la lecture de cet ouvrage de référence !
Sources :
« Calligraphie » de Claude Mediavilla, Imprimerie nationale, 1993



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