Histoire de ponctuation
- lmcalligraphie12
- 14 nov.
- 3 min de lecture
Par Leïla Mordi
En lisant, nous oublions souvent un détail sans quoi la lecture serait bien plus délicate : la ponctuation. Quelle est l’histoire de la ponctuation ? Est-elle arrivée en même temps que l’écriture ?
La réponse serait non, la ponctuation serait arrivée plusieurs siècles après l’écriture. Elle serait apparue entre les troisième et premier siècles av. J.-C. Paolo Poccetti, professeur de linguistique à l’Université Tor Vergata de Rome et auteur de La Réflexion autour de la ponctuation dans l’Antiquité gréco-latine, nous informe que :
« Les premières traces de la ponctuation se retrouvent dans les écritures du Proche-Orient ancien remontant au troisième et deuxième millénaire avant notre ère »

En effet, pendant très longtemps, la lecture est à destination d’une élite qui sait déchiffrer un système d’écriture précis et la lecture se fait bien souvent oralement. Résultat, il s’agit de personnes habituées à ce type de lecture, qui connaissent les textes lus, pas besoin de rajouter d’éléments superflus.
Imagine donc un texte sans ponctuation, sans espace entre les mots, si on n’est pas rodé à ce type d’exercices, la tâche est rude… Une lecture en continu, ça s’appelle la scriptio continua.
Au début de l’Antiquité, lorsque les premiers écrits voient le jour, la ponctuation est inexistante. Toutefois, on aperçoit dans de rares cas ce qui ressemble à un tiret (- _ |) pour seul et unique signe de ponctuation. Progressivement le tiret va se transformer et évoluer pour donner le point (lat. punctum, qui donnera ponctuation). Et c’est ainsi que se développe au sein de la mythique Bibliothèque d’Alexandrie un système permettant d’aider le lecteur dans sa tâche (autour du deuxième siècle av. J.-C.). En effet il faut réussir à organiser des textes anciens (sans espaces entre les mots et sans ponctuation) mais aussi les textes écrits à la même époque.
Un système à point voit le jour : le point en haut (« point parfait »), le point médian (« point moyen ») et le point en bas (ou « sous-point »). Nous pourrions trouver leur équivalent, dans notre ponctuation moderne, avec le point, le point-virgule, et la virgule.
Ce système de scriptio continua est encore utilisé jusqu’au début du Moyen-Âge. Il s’agit tout bêtement d’une habitude de coller les mots les uns aux autres. Et comme toute bonne habitude, il est parfois difficile de s’en détacher. Petit à petit, toutefois, les espaces entre les mots feront leur apparition pour faciliter la lecture et la ponctuation se développe de plus en plus, tout au long du Moyen-Âge, notamment avec le travail des moines copistes sur la première moitié de cette période. La virgule sous forme d’un trait oblique fait son apparition, tout comme le point d’interrogation, la majuscule également en début de phrase naît à ce moment-là. La difficulté pour les linguistes aujourd’hui est d’établir une liste de ponctuation uniforme, car en fonction des régions, des habitudes et des périodes, les moines ont une tendance à ponctuer comme ils le veulent. Comme le suggère le linguiste Alexei Lavrentiev :
« La première chose qui frappe un chercheur qui analyse la ponctuation médiévale est l’extrême diversité des pratiques dans les différents manuscrits : chaque scribe établit son propre sous-système, sa propre distribution de valeurs »,
C’est avec l’arrivée de l’imprimerie, que la ponctuation se codifie progressivement pour tout un chacun. Il faut trouver un moyen universel de connaître les moments de pause, de respiration, d’interrogation, d’exclamation, de suspension, et bien plus encore… !

Bibliographies
Rôle de la ponctuation, Anne Berthier, BNF
Une histoire de la ponctuation : au commencement était le « . » ; par Pierre Ropert ; France culture
Une histoire de la ponctuation : l’imprimerie fait le point ; par Pierre Ropert ; France culture


Commentaires